L’un des débats les plus anciens d’Europe sur les dauphins captifs a entamé un nouveau chapitre. Le gouvernement flamand a confirmé que le delphinarium du Boudewijn Seapark à Bruges doit cesser définitivement de garder des dauphins d’ici 2037, fixant ainsi une date de fin pour le dernier delphinarium restant en Flandre.
Cependant, la décision a suscité une vive opposition de la part du parc lui-même. Dans une lettre ouverte adressée au gouvernement flamand, Boudewijn Seapark soutient que la fermeture manque de justification scientifique et pourrait finalement avoir des conséquences négatives tant pour les dauphins que pour les personnes qui s’en occupent.
L’annonce a ravivé une discussion qui divise depuis des années les politiciens, les organisations de protection des animaux, les scientifiques et les amateurs de parcs à thème.
Pourquoi 2037 ?
La décision est ancrée dans la politique de bien-être animal à long terme du gouvernement flamand.
Il y a plusieurs années, de nouvelles réglementations ont interdit la construction de delphinariums supplémentaires en Flandre, interdit la reproduction et l’importation de dauphins et introduit des exigences de bien-être plus strictes. L’une de ces règles exige que Boudewijn Seapark fournisse aux animaux un accès à une piscine extérieure d’ici 2027.
Plutôt que d’exiger une fermeture immédiate, le gouvernement a choisi une période de transition se terminant en 2037. Selon les autorités flamandes, cela donne à l’opérateur suffisamment de temps pour récupérer les investissements réalisés dans les nouvelles installations tout en veillant à ce que la garde des dauphins en Flandre prenne fin de manière définitive.
D’ici 2037, aucun dauphin ne pourra rester dans le parc.
Boudewijn Seapark répond
Suite à l’annonce, Boudewijn Seapark a publié une lettre ouverte détaillée critiquant la décision du gouvernement.
Le parc affirme qu’il soutient pleinement des normes élevées de bien-être animal mais se demande si la fermeture est fondée sur des preuves scientifiques. Selon la direction, les dauphins reçoivent des soins vétérinaires spécialisés, participent volontairement à des séances d’entraînement et vivent significativement plus longtemps que de nombreux dauphins sauvages.
Les opérateurs soutiennent également que les présentations éducatives aident les visiteurs à développer une plus grande appréciation de la conservation marine, quelque chose qu’ils croient ne pas pouvoir être facilement remplacé par des expériences numériques seules.
Peut-être plus important encore, le parc avertit qu’il n’existe actuellement aucun plan à long terme clair pour les dauphins eux-mêmes.
Que va-t-il arriver aux dauphins ?
L’une des plus grandes questions sans réponse est l’avenir des animaux.
Relâcher des dauphins à gros nez nés en captivité dans la nature n’est généralement pas considéré comme une option réaliste. Les dauphins qui ont passé toute leur vie sous soins humains manquent souvent des compétences nécessaires pour survivre de manière autonome et peuvent avoir du mal à s’intégrer dans des populations sauvages.
Les relocaliser dans un autre delphinarium est également controversé, car cela déplacerait simplement le débat ailleurs plutôt que de le résoudre.
Les sanctuaires pour animaux ont de plus en plus été suggérés comme alternative. Ces dernières années, plusieurs projets à travers le monde ont exploré la création de grands habitats côtiers fermés où les dauphins retraités pourraient vivre dans des conditions plus naturelles tout en continuant à recevoir des soins humains. Cependant, ces installations restent limitées et aucune n’a encore été confirmée comme destination pour les dauphins de Bruges.
L’incertitude entourant l’avenir des animaux est devenue l’un des arguments centraux du débat en cours.
Un paysage européen en mutation
La fermeture prévue reflète un changement plus large à travers l’Europe.
Au cours de la dernière décennie, plusieurs pays ont durci la législation régissant la garde des cétacés. Les restrictions de reproduction, les interdictions de nouvelles installations et des normes de bien-être plus strictes sont devenues de plus en plus courantes à mesure que les attitudes du public envers le divertissement des mammifères marins ont évolué.
Certains delphinariums ont déjà fermé, tandis que d’autres ont recentré leur attention sur le sauvetage, la réhabilitation et les programmes éducatifs plutôt que sur les performances théâtrales.
La décision de la Belgique la place parmi un nombre croissant de régions européennes s’éloignant de la garde des dauphins en captivité à des fins de divertissement.
Plus qu’un simple delphinarium
Pour Boudewijn Seapark, la question va au-delà d’une seule attraction.
Ces dernières années, le parc a beaucoup investi dans son avenir en ouvrant un grand complexe de jeux couvert, en rénovant les attractions existantes et en ajoutant des manèges transférés d’ailleurs au sein du groupe Aspro Parks. Le delphinarium reste l’une des attractions les plus connues du parc, mais il n’est plus sa seule attraction.
La direction soutient que l’installation continue de jouer un rôle éducatif important tout en fournissant des emplois pour des professionnels expérimentés en soins animaliers et des vétérinaires.
Le gouvernement flamand, cependant, soutient que le débat éthique a dépassé l’amélioration des normes de bien-être. À son avis, la garde à long terme des dauphins en captivité ne peut plus être justifiée, quelle que soit la qualité des soins qu’ils reçoivent.
Un débat émotionnel sans réponses faciles
L’avenir du delphinarium de Boudewijn Seapark est devenu l’un des sujets les plus polarisants de l’industrie des attractions européennes.
Les organisations de protection des animaux ont salué la décision comme une étape historique qui établit enfin une date de fin claire pour la captivité des dauphins en Flandre. Le parc, quant à lui, insiste pour que la discussion soit basée sur des preuves scientifiques plutôt que sur l’émotion et continue d’appeler au dialogue sur des alternatives réalistes pour les animaux.
Avec plus d’une décennie restante avant la date limite de 2037, le débat est peu susceptible de disparaître de sitôt. Au lieu de cela, l’attention se tournera de plus en plus vers la question la plus importante de toutes : que deviendront les dauphins une fois que le rideau sera finalement tombé sur le dernier delphinarium de Belgique ?
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